Les
mines de la Liena sont situées dans la vallée de Cinca dans la province de
Huesca en Aragon et pas très loin de la frontière française. Les diverses
concessions se situent de part et d’autre de la ligne de crête de la Sierra de
Liena qui culmine à 2604 m.
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Mine Luisa |
La concession de la mine de Luisa est située vers
2400 m sur le versant est de l’arête tandis que la concession de la mine Robert
est vers 2500 m en versant ouest. Le filon exploité étant le même, les deux
mines communiquaient entre elles par des galeries.
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Mine Robert |
La concession Ruego est
située un peu plus bas, vers 2200 m, sur le plateau situé à l’extrémité ouest
du plateau de Liena.
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Mine Ruego |
Ces exploitations sont donc isolées de la vallée du rio Barrosa
qui est la seule voie naturelle de communication vers le reste de l’Espagne.
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Carte des mines de Parzan (origine musée de Bielsa) |
L'exploitation
de ces mines a peut-être commencé dès l'âge du bronze. Plus tard, il est
possible que les Romains aient exploités ces mines pour extraire l'argent et
fabriquer des pièces de monnaie. Dans ces exploitations, on trouve
essentiellement de la galène (sulfure de plomb contenant des inclusions
d’argent) mais également de la pyrite (sulfure de fer), de la blende (sulfure
de zinc) et de la fluorine. Ces différents minerais ne sont pas mélangés mais
se présentent au contraire en couches séparées. Les mines sont alignées sur les
fractures géologiques.
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Carte géologique de la région des mines (source musée de Bielsa) |
L’époque
moderne d’exploitation a commencé peu avant les années 1880. Les concessions
appartiennent manifestement à la compagnie « Minas de Ruego ». A une
époque où la route actuelle qui mène en France par le tunnel d’Aragnouet
n’existait pas, les possibilités d’accès du personnel ou d’évacuation du
minerai vers la vallée de l’Ebre en Aragon étaient extrêmement compliquées de
par la nature du terrain et le manque de routes carrossables ou de voies de
chemin de fer dans cette partie de l’Espagne.
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Sierra de Liena et sentier menant au col de las Pardas |
Les villages les plus proches,
comme El Grado qui marque en quelque sorte le début de la grande vallée de
l’Ebre étaient à 85 km des mines. Au contraire, vers le nord, une fois la crête
frontière passée, il suffisait de parcourir 25 km sans grande difficultés
géographiques pour accéder à St-Lary puis à Arreau ou le train arrivait.
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Chemin des mines vu du col de las Pardas. Au fond vers la droite de la photo, le port de Barroude donnant sur le cirque portant le même nom |
Pour
améliorer l’accès des mineurs sur les sites et évacuer le minerai à dos de
mulets vers la France, une corniche naturelle fut aménagée dans le cirque de
Barrosa vers 2300 m d’altitude : le chemin des mines ou « camino de
las Pardas ». Partant des mines, le sentier rejoignait facilement le col
de las Pardas ; puis à travers flanc, il traversait le cirque jusqu’au port
de Barrosa.
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Sentier des mines vu du port de Barrosa |
De là, en descendant la vallée de la Géla il était facile de
rejoindre Aragnouet. Le chemin est encore visible de nos jours même si
l’érosion a en rendu l’accès difficile et dangereux. La plupart des murettes de
soutènement ont aujourd’hui disparues.
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Détail du sentier des mines et col de las Pardas |
D’après la légende, Joseph Laussot,
propriétaire des mines de Bielsa aurait circulé en chaise à porteur sur ce
sentier. Les mineurs vivant dans la vallée Cinca devaient très certainement
monter par la vallée de Chisagüés et le plateau de Liena à partir
de Parzán. Vers la fin du 19eme
siècle, 34 personnes travaillaient aux mines par roulement. Le salaire était de
70 à 75 centimes de pesetas à l’heure.
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Détail des installations minières (source musée de Bielsa) |
Au
début de 1910 fut constitué la Société des Mines de Parzán par des investisseurs Français et Belges qui modernisèrent
considérablement les installations en construisant une véritable usine à côté des
ruines de l’Hôpital de Parzán. Y furent construit une laverie,
un laboratoire d’analyse, des ateliers de réparation, un magasin pour des
pièces détachées, un dortoir, une écurie, une grange, une centrale électrique
ainsi que le siège de la direction des mines, la casa Baor. La compagnie des
mines vendait également une partie de l’électricité qu’elle produisait à la
compagnie de l’époque, la « Iberica ». De ces constructions, quelques
ruines sont encore visibles, bien souvent enfouies sous la végétation : les
restes de la laverie, de la centrale électrique et son transformateur, ainsi
que de la maison de la direction.
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Canalisation d'eau dans la forêt |
La canalisation forcée qui amenait l’eau à la
laverie et à la centrale électrique est encore visible.
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Canalisation d'eau |
Un
vaste système de téléphérique dédié à l’évacuation du minerai fut également
construit. Le mono-câble, appelé câble Luisa, permettait de
transporter le minerai de la mine Luisa jusqu’à la station d’arrivée située à
1460 m d’altitude à côté de l’Hôpital de Parzán ; soit une dénivellation
de 970 m. De là, le minerai était transporté dans des wagonnets jusqu’à la
laverie ou il était trié et lavé.

Station d'arrivée du mono-câble Luisa |
L’installation de ce câble aérien demeure aujourd’hui
intacte dans sa quasi-totalité. La concession de Ruego fut reliée à celle du
pic Liena par un petit câble aérien.
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Station du mono-câble de la mine Luisa |
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Station du mono-câble de la mine Luisa |
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Station du mono-câble de la mine Luisa |
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Détail du système d'attache des wagonnets |
Le minerai nettoyé était ensuite
transporté jusqu’au village du pont de Moudang à 1120 m en vallée d’Aure par un
seconde téléphérique transfrontalier appelé « Transpyrénéen » passant
par le port de Salcorz à 2464 m. Les progrès par rapport au transport à dos de
mulet étaient considérables puisque une benne transportant 300 kg de minerai,
soit l’équivalent de 2 à 3 mulets
mettait 2 heures 30 pour parcourir la distance de 10 km.
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Détail d'un pylône du Transpyrénéen côté Français |
Du village, le minerai
était chargé dans des camions qui le transportaient jusqu’à la gare de chemin
de fer d’Arreau puis transporté dans des centres sidérurgiques. L’installation fut
démontée et vendue comme ferraille en 1968. On ne trouve que quelques traces de
pylônes sous le port de Salcorz côté Français.
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Profil du Transpyrénéen (source musée de Bielsa) |
Les concessions minières furent
également modernisées avec la modernisation des méthodes d’extraction. Quelques
traces de cette époque sont encore visibles.
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Puis d'extraction dans la concession Robert autrefois protégé par une clôture dont il ne reste que quelques piquets. Au loin, le massif du Mont-Perdu |
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Entrée de galeries dans la concession Robert |
Sur les sites des mines Luisa et Robert, outre
la station du câble Luisa avec son trémie de chargement, on trouve le transformateur
électrique, quelques entrées de galeries, des dépilages, les ruines d’une
baraque de mineurs et diverses traces de machines et de wagonnets.
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Câble servant à l'exploitation des bois de la mine |
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Entrée de galerie des mines Luisa |
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Entrée d'une galerie de mine dans la concession Luisa |
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Détail de l'entrée de la galerie précédente |
Sur la
concession de Ruego on trouve des haldes, des entrées de galeries, les vestiges
d’un plan incliné, les ruines d’une baraque de mineurs, un transformateur, un
bassin de lavage du minerai ainsi que la soute à explosif.
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Baraque de mineurs à proximité des mines Luisa |
Une partie de l’équipement nécessaire
au fonctionnement des installations de l’Hôpital de Parzán fut très
certainement transporté à dos de mulets par le port vieux et le port de Barroude
ou par le chemin des mines car il venant de France. Le fer utilisé pour la fabrication des pièces des
transporteurs aériens fut fabriqué dans les fonderies de Bielsa. Les
câbles furent montés et déroulés à la main par les ouvriers. Ces installations commencèrent
à fonctionner en 1912.
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Détail de la station des mines Luisa |
En
1922, la perforation pneumatique remplace la perforation manuelle pour
l’abatage du minerai dans les mines. Si en 1924 les concessions Luisa et Robert
étaient exploitées, elles fermèrent en 1928 par manque de rentabilité suite à la
chute des cours du plomb et de l'argent. L’exploitant va continuer à entretenir
le site jusqu’à sa mise en faillite en 1937.
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Restes d'une industrialisation oubliée |
Le site a souffert des bombardements
de 1938 lors de l’offensive Franquiste qui a vu la chute de toute la montagne
Aragonaise. Le téléphérique de la mine aurait été dynamité par un français militant d’extrême droite dans le but d'isoler la 43eme division acculée dans la poche de Bielsa (bruno Matéo - Les randonnées du vertige, Ed Glenat). En 1943, la concession passe aux
mains de la compagnie Peñarroya qui va continuer à prospecter jusqu’aux années
1950. Certaines parties des installations ont été détruites dans les
années 1970 lorsque la route montant au tunnel d’Aragnouet a été ouverte. Le
temps qui passa à fait le reste.
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Pylône du mono-câble Luisa |
La découverte de ces mines constitue
une très belle randonnée sportive en prenant l’ancien chemin muletier utilisé
dans les années 1920 à 1920 pour l’exploitation des mines. Il est possible de
se garer sur le petit parking de l’Hospice de Parzán sur le bord de la route. Il
faut alors suivre les indications données par quelques panneaux indiquant la
direction « camino de las Pardas » ou « minas de Liena ». La
piste passe devant la station terminale du câble et fait ensuite place à un
sentier balisé qui monte à gauche en lacets dans la forêt dans sa partie
inférieure en suivant grossièrement le cheminement du câble aérien.
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Le câble du téléphérique est toujours en place 90 ans après la fermeture des mines |
Sans être trop
compliqué, le cheminement peut malgré quelques cairns et un peu de balisage,
être un peu difficile à suivre par endroit.
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Transformateur et baraque des mineurs aux mines Luisa |
Des mines Luisa, passer l’emplacement
des ruines du transformateur et suivre le sentier un peu délicat à trouver qui
monte au col. On a une belle vue sur les diverses concessions et surtout le Mont
Perdu, majestueux par beau temps.
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Soum de Ramon - Mont Perdu - Cylindre |
Les collectionneurs de sommets pourront faire
l’aller-retour au sommet de La Hoya (2579 m) vers le sud sans difficultés puis en
partant vers le nord parcourir la Serra de la Liena passant par son point
culminant à 2604 m jusqu’au col de la Pardas d’où partait le fameux chemin des
mines. Les pentes sud permettent de descendre facilement jusqu’à la concession
Ruego. Remonter au col en suivant la piste passant par la concession Robert
puis redescendre par le même itinéraire. Compter 7 heures de marche sans la
visite des sites et environ 1500 m de dénivelé.
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Wagonnet chargé de minerai sur le sentier montant à la mine Luisa |
Je ne saurai terminer cet article sans mentionner le site web de
Pierre Carrière qui fait référence pour l'histoire du massf de Barossa :
http://cirquedebarrosa.free.fr/
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