Depuis la tentative coup d’état
par le général Franco le 28 Juillet 1936, l’Espagne est en guerre contre
elle-même. Le gouvernement légal républicain isolé sur la scène internationale
et dont l’armée a été renforcé par du matériel Russe acheté à prix d’or et par
les combattants des brigades internationales, tente de reprendre le contrôle
des zones sous contrôle du général rebelle Franco, qui est aidé directement par
les dictateurs Hitler et Mussolini. Il conquiert de manière méthodique chaque
région restée sous contrôle de la république, notamment la Navarre au début de
1938.
divisions commandées par le général José Solchaga Zala passe le port de
Montllobar et entrent dans le Pallars Jussà.
Les troupes républicaines ne
peuvent résister et reculent. L’armée franquiste occupe rapidement les petits
villages de Sant Adrià, Claret, Puigverd, Fígols de Tremp et Talarn. Face à la vétusté des routes, l'avance se fait à pied, le ravitaillement est éffectué à dos de mulets. L'avance continue sans opposition. l'armée franquiste
traverse la Noguera-Pallaresa et s’empare de la centrale hydraulique et du le
roc de Neret sur la rive gauche du lac de Sant-Antoni. Le lendemain, 7 Avril,
Tremp et la Pobla de Ségur sont occupées. Plus bas, la 61
division reçoit l'ordre de s'emparer des lacs de Camarasa et San Lorenzo.
Le front se stabilise
Après
ce désastre, l'armée républicaine va être complètement réorganisée et rééquipée
avec du matériel soviétique. Pour compléter les effectifs des unités
combattantes qui ont fondues, les jeunes recrues de la classe 1941, qui ont à
peine 18 ans, parfois moins, sont appelés. Cette classe d’âge va être appelée
«Quinta del Biberó». Des réservistes plus âgés sont également appelés. Tous ne
répondent à l‘appel. Certains préfèrent se cacher dans des grottes, par exemple
en serra de Carreu.
Le Xeme
corps d’armée se déploie dans la région de Sant Joan de l’Erm pour défendre
l’accès à l’Alt Urgell. Il est commandé par le colonel José Perea Capulines
depuis la Seu d’Urgell. Il est composé des 24eme, 31eme
et 34eme divisions composées chacune de 3 brigades mixtes.
Le
XIeme corps se déploie dans la plaine de Conca Dellà. Il est commandé par
lieutenant-colonel Francisco Galán depuis Bóixols. Il est composé des 26eme,
30eme et 32eme divisions.
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Bunker de la Serrana |
Ces
deux corps sont composées de troupes hétérogènes et sous équipées, notamment
en mortiers et mitrailleuses par rapport aux unités franquistes qui leur sont
opposées. Si certaines unités comme la 26
eme division, formée des
restes de la célèbre brigade Durruti sont expérimentés, la valeur combattante
de certaines autres unités, mal formée est faible. Malgré les efforts pour compléter
les effectifs toutes les brigades mixtes n’atteignent pas leur effectifs
théorique de 4000 hommes. En outre, l’artillerie républicaine et son aviation
sont largement inférieures en quantité à ce que l’armée franquiste peut leur
opposer.
L’armée
franquiste va profiter de ces quelques semaines de calme pour renforcer ses
postions défensives. Les unités du génie vont creuser tout un réseau de
tranchées et de nids de mitrailleuses, protégées par des barbelés et améliorer
les communications entre le front et les centres logistiques. L’armée de la
république, avec des
moyens plus limités
fait de même. Au début du mois de mai 1938, la limite sud du front du Pallars
est fixée dans la sierra de Montsec. Les franquistes occupent des positions
allant du hameau de Rúbies au tossal de Mirapallars (1668 m) en passant par la
portella Blanca ou l’on trouve quelques positions défensives, tranchées ou murs
de protection.
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Hameau de Rúbies |
A l’est du massif, le sommet de la Roca Alta (1437 m) est
contrôlé par les anarchistes de la 26
eme division anciennement
connue sous le nom de colonne Durruti. Cette position permet de contrôler le
défilé du Desferrador qui permet de passer dans la comarque de
la Noguera par la petite route de Vilanova de
Meja.
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Bunker au sommet de la Roca Alta. Au loin, on distingue la sierra de Campaneta |
De l’autre côté du défilé, le sud de la sierra de Cucuc est aux mains des
républicains. De nombreuses tranchées sont creusées jusqu’au sommet.
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Poste de contrôle du défilé du Desferrador dans la sierra de Cucuc |
Un peu
plus à l’est ils occupent la sierra de la Casilla et l'ermitage de Bonrepos qui fait office de poste de commandement. Une seconde ligne de défense est construite en
sierra des Comiols qui est stratégique car la meilleure route par aller de
Tremp à Artesa de Sègre passe par col des Comiols. Ce secteur est donc rempli
de points défensifs. Sous le col, à Benavent de la Conca, est installée la
seule position d’artillerie de la vallée. La route menant du col à Tremp,
l’actuelle L-911 est détruite dans certains secteurs et minée dans d’autres.
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Ermitage de Bonrepos |
Du
tossal de Mirapallars, la ligne de défense franquiste descend sur l’Hostal Roig
puis remonte sur la partie nord de la sierra de Cucuc dant le point le plus élevé, qui culmine à 1177 m, est fortifié par de nombreuses tranchées et postes de tirs.
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Reste de tranchées franquistes en sierra de Cucuc à proximité de la côte 1177 |
Le sommet de la serra de Campaneta est aménagé pour recevoir des pièces
d’artilleries. La ligne de défense franquiste, occupée par le 9
eme
bataillon du régiment d’infanterie « Zamora » continue vers le
village de Sant Salvador de Toló puis remonte sur les hauteurs des petits
massifs de Porreró et Carreró et traverse ensuite le rio de Conques pour
rejoindre le village de Conques
puis
Sant-Romà d’Abella en première ligne du dispositif.
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Conques |
Si les villages sont
protégés par des tranchées et les routes d’accès dotés de murs anti-chars, la
nature du terrain, la plaine de la Conca Dellà oblige l’état major
franquiste à organiser une défense en profondeur. Un peu plus au sud-ouest, la
sierra de l’Obacs sert de poste d’observation. Des pièces d’artilleries sont
installées au sommet du Capolat d’Aransis à 1139 m. Bien situées, elles
bloquent la route de Tremp au coll des Comiols. Une ligne de défense secondaire
est installée à un kilomètre à l’est de Figuerola d’Orcau dans la zone dite de la Serra et sur le serrat de Peleu pour protéger la route.
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Bunker dans la zone de la Serreta. Au second plan Figuerola d'Orcau et le mont de Conques |
Juste au-dessus de Conques, le
mont de Conques est fortifié avec des tranchées et des nids de mitrailleuses, y compris dans sa zone la plus basse autour de l'ermitage des Esplugues.
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Ermitage des Esplugues |
C’est le
secteur clé de sa défense franquiste. Il est occupé par le 12
eme
bataillon du régiment d’infanterie de Saragosse. Le village de Basturs est occupé par un bataillon du régiment de Ceriñola.
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Isona |
En face, la seule ville sous contrôle républicain est Isona.
Elle est occupée par des compagnies entières de soldats républicains,
principalement de la 142eme brigade mixte mais également d’autres unités des 26eme
et 32eme divisions. La majeure partie de la population a été évacuée
vers l’arrière. Abbella de la Conca est également occupée par des soldats
républicains.
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Abella de la Conca |
De
Sant-Romà d’Abella, la ligne de défense franquiste monte vers le sommet de la
montagne de Sant Corneli et l’arête est appelée Costa Gran ou sont positionnés
des soldats franquistes. Sant-Corneli est la clé de voute de la défense
franquiste autour de Tremp. Le sommet de la montagne est protégé par deux
lignes de tranchées avec barbelés ainsi que par des postes avancés dans le
flanc sud et sud-est de la montagne. Au pied de la montagne, le village d’Orcau
a été transformé en fortin et le vieux château situé au-dessus doté de nids de
mitrailleuses.
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Fortification sur la montagne de Sant-Corneli surveillant Costa Gran |
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Tranchées franquistes à Sant-Corneli. Au loin, on distingue le lac de Sant Antoni et la Pobla de Segur |
Passé
Sant Corneli, la cime del turó située juste à l’est du
petit hameau de Vilanoveta est fortifiée pour empêcher le passage entre Conca
de Dalt et la vallée de Carreu.
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Fortification bétonnée de Vilanoveta face au vall de Carreu |
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Tranchée bétonnée à Vilanoveta |
La ligne de front rejoint le village de
Pessonada occupé par les troupes franquistes. Les troupes du génie ont amélioré
la piste qui permet de rejoindre la Pobla de Ségur. Dans la serrat de Pessonada,
un observatoire a été installé au sommet de la Rocalda (1489 m) avec des
tranchées pour le protéger.
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Sommet de la Rocalda avec l'observatoire protégé sous le sommet |
Il permet de surveiller la vallée de Carreu et
l’accès à la montagne de Sant-Corneli. Dans l’abri aménagé sous le sommet, on
trouve une plaque commémorative de la bataille gravée par les hommes du 140eme
bataillon du régiment de San-Marcial.
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Plaque commémorative de la bataille. On distingue difficilement : "1938 Ano triunfal, batallon de las Navas. Saludo a Franco, arriba Espana" |
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Plaine de Vilanoveta et Sant Corneli au second plan |
Les premières tranchées républicaines se
situent à moins d’un kilomètre vers l’est, au pic Fredo. Les républicains
occupent également le hameau d’Herba-Savina d’où de mauvaises pistes permettent
de communiquer avec Organyà dans la province d’Urgell.
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Tranchées franquistes à la Rocalda. Les tranchées républicaines étaient situées au niveau du sommet situé au second plan |
La
ligne de front descend dans le village d’Hortoneda donc l’accès a été également
facilité en améliorant l’état de la route. Toutes les unités franquistes qui
défendent ces positions appartiennent à la 63ème division, celle du
général Tella basé à La Pobla de Ségur.
Laissant
à l'est la Sierra Boumort occupée par les troupes républicaines de la 94eme
brigade mixte, la ligne défense franquiste descend sur les hauteurs de la forêt
de Llania puis traverse une zone tourmentée, composée de forêts et de vallées
profondes et de quelques sommets utilisés comme observatoire, pour arriver à la
position isolée de la torre de Senyùs où des tranchées ont été creusées. Elle
traverse ensuite le vallon de la torre de Senyùs et arrive au cap de Roques de
Solduga (1533 m) Une position défensive
est établie autour de l’ermitage d’Esplà. La piste forestière a été refaite par
les troupes du génie pour y accéder facilement. L’ancien chemin magnifique mais
difficilement utilisable pour de déplacements rapide passe au-dessus de
l’espluga de Cuberes qui fut habité jusqu’à la fin de la guerre. Les
républicains occupent quelques sommets utilisés comme observatoire mais surtout
la sierra de Cuberes défendue par de nombreuses tranchées notamment au col de
Passavent et au cap del Solà de la Coma d’Orient (1917 m).
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Ermitage d'Espià |
Quelques
troupes franquistes devaient occuper les villages perdus de Bresca, Useu et
Baen. Au sommet de la serra des Corrotes, certaines sources font état de
positions d’artilleries. Plus haut, ils occupent diverses positions dans la
sierra de Bovet où l’on
trouve des fortifications : murs de protection, bunkers, tranchées.
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Tornafort |
Leur système
défense descend sur Tornafort puis Vilamur. Ce village est placé sur la piste stratégique qui permet de
passer de Sort à la Seu d’Urgell en passant par le port del canto. Les défenses
sont renforcées par plusieurs casemates pour armes automatiques reliées entre elles par un réseau de tranchées et entourées de barbelés.
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Casemate à Vilamur |
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Intérieur d'une casemate. On peut noter la cheminée à gauche et le bois utiliser |
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Détail des postes de tir d'un d'une casemate de Vilamur. Elles furent assemblées à l'aide de pierre et de mortiers |
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Tornafort vu d'une casemate de Vilamur |
Dans
ce secteur, les soldats républicains occupent grossièrement une ligne allant de
l’ermitage Sant-Serni de Buseu à Sant Sebastià de Buseu en passant par la
serra de Gavarnent dont le sommet, le tossal de Puial qui culmine à 1914 m est fortifié par diverses tranchées ainsi que le le col de Llitimoll et le sommet secondaire des Pantalles. La
piste entre Taus et Buseu est refaite pour améliorer le ravitaillement. Leur
ligne de défense part vers le
nord-est en passant par le sommet de Sant-Quir, renforcé par des tranchées,
puis la sierra de Freixa et descend dans le village de Llagunes à environ 3 km
de Vilamur. Dans le hameau de Rubió, à un kilomètre du port de Cantó est
installé un hôpital de campagne.
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Position de défense républicaine au tossal des Puial |
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Positions républicaine vers Buseu |
Pour
éviter des lignes logistiques trop importantes, les franquistes ont délaissé la
cime de la Torreta de l’Orri et le replat de Costa Négra, tous deux occupés par les républicains pour s’installer un
peu plus bas, dans le bois des Collades, vers 1850 m. Les postions franquistes descendent
le long d’une arête vers la serra de Llus avec l’impressionnante position
défensive des Roques d’Aulo et des points d’appuis secondaire au dessus du col de Santa Fe.
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La site des Roques d'Aulo |
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Massif de l'Orri et site des Roques d'Aulo (à droite) vu de la Crestelleta |
Pour y accéder, la
piste de Rialb à Roni est refaite. La trentaine d'habitants du village est évacuée. Leur maison seront sacagées par les soldats franquistes qui en utiliseront le bois pour se chauffer. Le ravitaillement de la position défensive est assuré par des bêtes de sommes qui ont été réquisitionnées avec leur propriétaires.
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Ermitage de Biuse |
Passé le riu de Santa Magdalena les hauteurs
de l’ermitage de Biuse, notamment la position fortifiée de la Crestelleta, le
principal point défensif du secteur, sont occupés par les franquistes.
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La Crestellata au premier plan |
Les
républicains occupent en face la crête allant du cap de Baladredo au pui
d’Urdosa, qui est bien éloignés de leur base arrière située vers l’ermitage de
Sant Joan de l’Erm protégé par un réseau de tranchée située du coté du col de
Sant Joan. En continuant cette crête, le col de Serelles, les sommets du serrat
de les Canals comme le roc Roi (2001 m), jusqu’à la Noguera de Carcos un peu au
nord est de Llavorsi sont des positions franquistes.
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Vallées d'Aneu et de Ribera de Cardos séparées par la crête montant au Campfirme, dernière position républicaine |
Les vallons de Cardos et Ferrera restent sous contrôle des
républicains qui contrôlent les villages de Montesclado, Tirvia et Farrera. La
forêt de Montesclado est fortifiée. Ils occupent un poste d’observation à Lo Farro et dans la serra de Niarte. Plus haut, leur ligne de défense passe par la
route de Llevant, puis la serra de Plana, le coll de Lleret, la serra Mitjana avant de rejoindre le pic de Campfirme (2601 m) (occupé le 11 mais) puis la frontière vers le mont Rouch.
En retrait, le Pui de Tabaca sert de point d’observation.
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Casemate du Pui de Pouet |
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Casemate franquiste au pic de Montaldo |
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Casemate franquiste au Pui de la Misa |
Terveu
et la Bana sont sous contrôle franquiste. De ce village, les franquistes ont
construit des points défensifs en Serra d’Aurati, notamment au col de la Bana, au
pla d’Arides, au sommet de lo Calbo, au col de Camfirme en passant par le Montaldo. Plus haut, la pointe secondaire des penyes Reyes (2436 m) est le dernier positionnement franquiste sur cette arrête.
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Mur de pierre républicain au pic de Campfirme |
Ces
positions sont occupées par la 62
e division franquiste basée a Sort.
La 61
eme division basée à Llavorsi et à Esterri est gardée en
réserve.
Ces unités sont loin d’être complètes. Elle sont amputés
d’une partie de leur force parties combattre sur le front du levant plus au sud
ainsi qu’une partie de l’artillerie et l’aviation.
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Bunker dans la costa del Llarg face à la montagne de Sant-Corneli |
La république contre-attaque
Devant
la gravité de la situation,
Vicente Rojo,
le chef de l'état-major central républicain, décide de lancer une double
contre-offensive. La première partie doit se dérouler à la fin du mois de mai
sur la ligne de front de la Noguera Pallaresa. Le but est de reconquérir le
terrain perdu jusqu’à la vallée de la Cinca en Aragon, dégager la 43
eme
division républicaine isolée au-dessus de Bielsa, et reprendre le contrôle des
usines hydroélectriques. Plus au sud, l’offensive vise principalement la
destruction des têtes de pont de Seros et de Balaguer.
La
seconde phase de ce plan sera la grande bataille de l’Ebre au mois de
Juillet ou la quasi-totalité de l’armée Républicaine va être engagée et le sort
de la République se jouera.
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Ruines d'une casemate située dans le chateau d'Orcau. Au second plan, on distingue le Mont de Conques |
A partir du 20 mai, les observatoires franquistes commencent à voir arriver à Isona de nombreux camions provenant d'Artesa de Segre et signalent de nombreux mouvements de troupes autour d'Abella de la Conca et du vall de Careu. Devant l’imminence de l'offensive, le commandement franquiste décide à la veille de l’offensive de renforcer
certaines positions par des troupes venues de Lleida. des troupes venant de la Pobla se positionnent à Vilanoveta et à Armunt. La 150
eme
division, cantonnée à proximité de Lleida, s'installe sur une seconde ligne qui va d'Orcau aux monts de Conques tandis que la 151
eme division
se positionne plus au sud dans les positions de la serra de l’Obacs, de la
serra de Llimiana et la sierra de Campaneta. A la veille de l’offensive, de
Balaguer à la frontière Française, 100000 soldats républicains et 80000 soldats
franquistes se font face.
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Montagne de Sant Corneli et village de Basturs |
L'offensive
débute le 22 mai de 1938 sur pratiquement toute la ligne de front le long de la
Noguera-Pallaresa. Les brigades mixtes républicaines appuyées par une
cinquantaine de chars russes, une centaine d’avion et une trentaine de
batteries d’artilleries attaquent les positions franquistes autour des têtes de
pont de Sort, Tremp et Balaguer. L’aviation républicaine intervient sur tout le
front. Neuf bombardiers Polikarpov RZ effectuent deux missions de bombardement
sur Sort. Pendant ce temps, une escadrille de chasseurs il-15, qui effectue une
mission de couverture aérienne, mitraille les positions franquistes au sud de
Malmercat et la route reliant Sort au port del Canto près des fortifications de
Vilamur. Une mission de reconnaissance est effectuée autour du village d'Orcau.
Dans
le Pallars, l’objectif principal consiste à prendre d’assaut la position stratégique de
la montagne de Sant-Corneli puis la ville de Tremp. l'offensive débute par quelques tentatives d'infiltration un peu partout sur le front. Au sud, un bataillon de la 141
eme brigade mixte tente de couper la route de Balaguer à Cellers en descendant de ces positions de l'ermitage de Sant Salvador del Bosc par le ravin de Barcedena. Cette attaque ce solde par un échec. Une attaque sur le roc Roi, au-dessus du monastère de Buise, est également repoussée.
Tôt dans la nuit, les
brigades mixtes républicaines attaquent au nord de Conques. Aidés par une
batterie d’artillerie installée à proximité du village de Benavent de la Conca
et manœuvrée par des français ainsi que d'une poignée de chars, ils réussissent, après de durs combats au corps
à corps à prendre les villages de Sant Romà d’Abella, le hameau des Masies de Sant Romà ainsi que la position du tossal de la Doba.
Deux jours plus tard, Basturs et la zone du mont de Conques située autour de l'ermitage des Esplugues tomberont également entre leur main.
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Sant Romà d'Abella vu d'un nid de mitrailleuses du Mont de Conques |
La première ligne de défense franquiste est
percée. Leurs troupes sont obligées de se retirer sur leur seconde ligne entre Orcau et Conques laissant 600 morts sur le terrain. Les
républicains semblent, à ce moment-là, être en mesure de percer le front.
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Montagne de Sant-Corneli vue de la Rocalda |
Pendant ce temps, d’autres unités de l’armée républicaine
tentent un encerclement de la montagne de Sant-Corneli. Au nord, des miliciens
de la la 134eme brigade mixte descendus du hameau d’Herba-Savina se faufilent par l’entaille du
ruisseau de Carreu vers le lac de Sant-Antoni. Ils vont buter sur les défenses
de Vilanoveta et de Pessonada, soutenues par une puissante artillerie,
et n’irons pas plus loin.Ils sont obligés de reculer, laissant sur le terrain de nombreaux morts et prisonniers.
Descendus
d’Abella de la Conca, deux bataillons de la 104
eme brigade mixte
remontent vers la montagne par la costa del Llarg, s’emparent des côtes 800 et
882 et de Costa Gran sur la crête est, par surprise. Ils font beaucoup de
prisonniers. Au sud, ils tentent de s’infiltrer
dans les lignes nationalistes en progressant dans le ravin de la Podega en
direction de Montesquieu et du pui de l’Anell. Ils tentent de prendre le
village d’Orcau transformé en forteresse mais butent sur une vive résistance.
Si les franquistes enfermés dans le village subissent de lourdes pertes, le
village ne tombe pas.
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Chateau d'Orcau |
Maintenant sous le feu de l’artillerie lourde et bloqués
par la 150
eme division du général Agustín Muñoz Grandes arrivée en
renfort de Lléida, la tentative d’encerclement est un échec ; elle va
virer à la tragédie. Des petits groupes de soldats tentent de remonter
directement vers le sommet de la montagne de Sant-Corneli. Ils vont arriver
jusqu’à la première ligne de défense et sont massacrés par les mitrailleuses
franquistes.
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Chemin vers le hameau de Montesquiu vu du chateau d'Orcau |
Les survivants, 700 à 800 hommes, se regroupent autour du village
abandonné de Montesquiu et finissent encerclés par les soldats Maures. C’est un
massacre parmi les jeunes de la classe biberon. Les survivants sont faits
prisonniers. Parmi eux, les officiers et les commissaires politiques seront
fusillés dans le cimetière de Tremp. Malgré cet échec, les attaques sur
Sant-Corneli continuent.
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Montagne de Sant Corneli vue de Costa Gran |
Le 24 mai, à l'aube, les soldats de la 134e
brigade mixte montent directement à l’assaut de la montagne. 700 soldats de la
classe biberon sortent de leur position de Costa Gran et arrivent jusqu'aux tranchées franquistes qui ont été renforcées les jours précédents. le manque de munition les oblige à recouler à nouveau. l'attaque se solda par un massacre. A peine 40 vont revenir sur leur position.
Manuel Gimeno dans son livre « Révolution, guerre et répression
dans le Pallars » évoque cet épisode tragique. Il a
écrit :
«Acabada la guerra, no foren pocs els veïns dels pobles
propers que, desitjosos de veure de prop l’escenari dels combats, pujaren al
cim, on es trobaren davant d’un espectacle dantesc d’esquelets de soldats
agafats als filferros protectors de les posicions nacionals...»
Que l’on peut
traduire de cette manière :
« Après la guerre, quelques d'habitants des
villages voisins, désireux de surveiller de près la zone des combats, sont
monté au sommet, et se sont retrouvés face à un spectacle dantesque de
squelettes de soldats pris dans les fils de fer barbelés des positions
nationalistes ».
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Ermitage de Sant Corneli au sommet de la montagne. La croix fut construite par les franquistes en 1939 pour commémorer la bataille. A noter la borne géodésique sur le toit de l'ermitage |
Les combats continuent. Par 16 fois, les républicains monteront à l’assaut de
la montagne de Sant-Corneli, parfois plusieurs fois dans la même nuit ; en
vain. Entre
le 26 et le 28 mai, on se bat jours et nuit autour de Conques. Les soldats
républicains attaquent sans relâche pour essayer de conquérir le mont de Conques et atteindre Figuerola d’Orcaju. Ils buttent sur une nouvelle ligne de défense qui a été aménagée un peu plus haut et renforcées par l'arrivée des 150eme et
152eme division. La puissance de l’artillerie et de l’aviation
franquiste, a travers notamment de multiples raids aériens de la Légion Condor se révèle décisive. L'aviation républicaine intervient de manière sporadique en s'en prenant aux concentrations de troupes franquiste situées autour de Tremp et de Sort.
Le 29 Mai, les combattants républicains tentent de prendre pied sur la côte 1003 m de la serrat del Llarg au dessus d'Orcau. L'attaque est à nouveau un échec.
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Impacts de balles sur le mur de l'ermitage des Esplugues |
Des combats sopradiques se déroulent également à partir du 22 mai dans la région d'Hortoneda. Différentes attaques républicaines vont buter sur les positions franquistes de Llania et de la roca del Pubill.
Le 28 Mai les 10
eme et 1
2eme baitaillons de la 94
eme brigade mixte attaquent la position du tossal de Sant Mauri dans la sierre de Bovet avec comme objectif de s'emparer des postions tenus par la garnison franquiste sur l'arrête de la montagne puis de descendre à la route. Cette attaque de faible importance ne donne aucun résultat.
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Bunker Franquiste dans la sierra de Bovet |
Plus au nord dans la région de Sort et du Pallars
Sobirà, 4 bataillons de la 19
eme brigade républicaine, commandés depuis l’ermitage
de Sant Joan de l’Erm, attaquent le 22 mai à 20 heures, la petite garnison
franquiste composée des soldats du 1
er drapeau (bataillon) de la Falange de
Burgos, implantée autour des Roques d'Aulo. Soutenue par de l’artillerie installée à Sant Joan de l’Erm
Vell, elle parvient à occuper rapidement la position clé du secteur, la zone
fortifiée par des murs et des nids de mitrailleuses, appelée la "Cassoleta" qui se trouve au sommet et au pied des
Roques d'Auló à 1742 m d’altitude.
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Defense républicane du bosc dels Tres Communs |
Les
restes de la garnison franquiste commandée par le commandant Arsenio
Gento Lopez décroche et se retire
sur le replat de Santa-Fé, un peu plus au
nord et plus bas, à une altitude de 1560 m. Malgré ce succès, les républicains ne
poursuivent pas leur attaque.
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Mur de défense de la Cassoleta |
A ce moment de la bataille, la faiblesse des défenses franquistes leur
permettait d’enfoncer les défenses et de descendre jusqu’à la route pour couper
l’accès au val d’Aran et bloquer l’arrivée de renforts provenant de la 62
eme
division occupées plus au nord. La surprise est passée. L’artillerie franquiste
se déchaîne contre les soldats républicains. Dans les heures qui suivent, des
renforts franquistes issus de la 62
eme et de la 63
eme division,
soit deux bataillons de phalangistes de Burgos, un bataillon de la milice carliste
d’Oriamendi, un bataillon de la légion et un bataillon du 66
eme
régiment d’infanterie viennent renforcer les défenses franquiste.
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Mur de protection avancé franquiste du replat de Santé Fé |
Le
commandement franquiste décide de contre-attaquer. Il confie l’attaque au
commandant Arsenio Gento Lopez qui avait failli être fusillé quelques heures
auparavant. Après des combats violents, souvent à la grenade et à la baïonnette,
les franquistes reprennent la position du "Mogote", un colline qui fait face aux Roques d'Aulo et un peu plus basse. Le commandant Arsenio
Gento Lopez sera finalement proposé pour une décoration. Les jours suivants, des
renforts continuent à affluer des deux cotés, alimentant cette machine
dévoreuse de vies. Du côté de l’armée républicaine, la 94
eme brigade
mixte monte au front. Pendant presque une semaine, attaques et contre-attaques se
succèdent pour prendre ou reprendre le contrôle de ces positions, souvent plusieurs
fois dans la même nuit. On comptera en tout 43 attaques républicaines. On se bat sur une petite surface, le relief est
difficile. Les postions républicaines sont à 50 m du "Mogote". Les pertes
sont terribles, des centaines de chaque côté.
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Position défensive franquiste sur le replat de Santa Fé |
L’ermitage de Sant Joan de
Colinos au dessus de Rialp sert de morgue pour les soldats franquistes. Il est
rempli de cadavre. Les blessés franquistes sont évacués plus bas, dans la
vallée. Beaucoup de blessés républicains ne peuvent être évacués vers le
village de Canturri où se trouve l’Hospital de campagne et, distant de 5 à 6
heures de marche sur des mauvais chemins, vont mourir sur place.
Ne pouvant prendre la position du Mogote, le commandemant républicain tente alors d'élargir les combats et attaque les défenses franquistes de la position de la Conilla et de la Roca Pleta situées au-dessus de Rialp. Ces attaques seront à nouveau sans éffet.
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Bunker sur le replat de Santa Fé |
La dernière
attaque d'importance se déroule dans la nuit du 31 mai. Les républicains restent maîtres
des Pedras d’Aulas au pris de plusieurs centaines de morts. 741 soldats franquistes sont tués au combat. La 19
eme brigade
mixte et la 94
eme brigade mixte recevront diverses médailles tant collectives qu’individuelles
pour leur bravoure. Cette dernière unité très éprouvée par les combats, ne
retrouvera jamais son potentiel de combat.
Au cours des semaines suivantes, les duels d'artillerie et les combats vont continuer dans ce secteur, sans toutefois atteindre la violence des combats du mois de mai. Par exemple, le journal de marche de l'armée franquiste note des combats autour du mogote et dans le bosc dels Tres Communs le 5 juin par exemple.
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Mur de défense de la Cassoleta |
Après
7 jours de combats terribles, les troupes républicaines, épuisées et décimées
cessent leur offensive. Le 1
er juin, la 43
eme division républicaine se
retire de ses positions dans la poche de Bielsa et passe en France.
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Vue de la position de la Cassoleta |
Les derniers combats
La
fin des combats du mois de Mai ne marque pas l’arrêt des opérations militaires
dans le Pallars. Dans la Cuenca Della, l’artillerie franquiste va continuer pendant
des mois à bombarder régulièrement les villages d’Isona, de Sant Romà d'Abella,
ainsi que les voies de communication. Conques, aux mains des franquistes est
également sous le feu de la maigre artillerie Républicaine. D'autres duels d'artillerie sont signalés en Serra de Cucuc, autour des Pedres d'Aulo et du pic d'Orri Dans le Pallars
Sobirà, le 21 juin, Farrera est lourdement bombardé par des avions obligeant
les derniers habitants à quitter le village. Pendant l’été, il y aura quelques
combats nocturnes dans le secteur du col de la Bana, défendu par les milices phalangistes
d’Oriamendi, ainsi que des duels d’artillerie tout au long de l’année 1938. Les
républicains tenterons de prendre ces positions en vain.
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Site des positions franquistes du roc Roi (2003 m), a gauche au premier plan |
Vers
la fin du mois de Juillet, en prévision de la bataille de l’Ebre, l’armée
républicaine lance une opération de diversion dans la région du Pallars Sobirà.
A partir du 20 Juillet, quelques raids de commandos vont tenter, en vain, de
bloquer la route entre Sort et le Val d’Aran. Le même jours, les 133
eme brigade et 143
eme brigade mixte se positionne sur la montagne de Baladredo et leur base arrière situées dans le secteur de Sant-Joan de l'Erm et de Romadriu. Des armements léger et des munitions sont trasportées vers les premières ligne avec beaucoup de difficultés à dos d'homme et d'animeaux. La 19
eme brigade mixte se positionne quant à elle face aux Pedres d'Aulo
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Défenses franquistes du site des Poselles. Au second plan, la Crestelleta |
Le 22 Juillet, précédées d'un raid aérien et d'une courte préparation d'artillerie, la 133
eme
brigade mixte de l’armée de la république passe Partant de leur position située sur la
crête allant du cap de Baladredo (2008 m) au Pui d’Urdosa (2226 m), les soldats attaquent dans la matinée les positions franquistes situées sur la montagne de la Crestelleta,
au-dessus de l’ermitage de Biuse.
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Site de la Crestelleta |
Dans la matinée, les républicains réussissent à prendre la position
fortifiée appelée « Castelleta », défendue par un bataillon de la
milice carliste de la Virgin Banca. D'autres attaquent ont pour but de prendre l'ermitage de Biuse et les positions du roc Roi et des Poselles (côte 1713 m).
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Autre photo de la Crestelleta |
Les républicains sont rapidement pris sous le feu de l’artillerie
franquiste. Dans l'après-midi, les troupes franquistes contre-attaquent
et récupèrent leurs positions. Les combats sont sanglants, les pertes terribles. Les centres de
secours situés loin de la zone de combat, à Sant-joan de l'Erm, sont remplis de cadavres. Beaucoup de blessés républicains restent sur
le terrain. Ils ne seront pas évacués et mourront sur place
. En soirée, il ne reste que 60 hommes valides sur 600 au premier bataillon de la 133emebrigade.
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Poudrerie de la Crestelleta |
Ces combats durent encore toute la soirée. Ce même jours, les forces républicaines attaquent à nouveau la position du Mogote aux Pedres d'Aulo. Les attaquent vont se succéder toute la journée sans aucun résultat.
Dans la soirée, le 572
eme bataillon de la 143
eme brigade mixte monte en ligne pour soutnir l'attaque du lendemain. Les attaques du 23 juillet ne donnent rien malgré les pertes humaines. Le 24 juillet, après une attaque le matin puis le soir sur l'ermitage de Biuse et le positons franquistes du Roc Roi et des Poselles, les 133
emeet 143
eme brigades mixtes quittent la première ligne pour aller se reposer au planell de Castenàs. La bataille de Baladredo est terminée. Le journée des opérations de l'armée franquiste dénombre 49 morts et 350 blessés.
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Position républicaine au pied de la Crestelleta |
Le 31 du même mois, une nouvelle attaque est planifiée sur les positions franquiste du sanctuaire de Notre Dame d'Esplà et du Tossal del Pou défendues par le
9eme bataillon du régiment d'infanterie de Zamora. La but de l'attaque est toujours de créer une diversion en prenant le village de Gerri pour couper la route entre Tremp et Sort.
Les 3 bataillons de la 218eme brigade mixte sont chargés de conduire l'attaque. L'attaque est mal organisée. Les 870eme et 871eme bataillons sont montés en ligne tardivement. Ce n'est qu'au jour naissant que le 870eme bataillon s'enfonce dans la forêt de pins pour attaquer les positions franquistes du tossal del Pou. L'effet de surprise de joue pas et les assaillants sont massacrés par les mitrailleuses et les obus de mortiers franquistes. Plusieurs assauts sont lancés dans la journée, en vain. Les pertes sont lourdes. Les nimbreux blessés sont difficilement évacués, après des heures de marche, vers Taus en passant par le puerto de Socome. L'hospital de campagne n'a pas été prévu pour tant de pertes. Il est débordé.
Pour stopperces attaques, les défenseurs franquistes, renforcés dans la matinée par le 40emebataillon des Arapiles, demandent l'intervention de l'aviation et de l'artillerie qui est positionnée dans la sierra de Corrotes. Des obus incendiaires sont utilisés. Ils finissent par mettrele feu à la forêt. L'incendie va durer 4 jours. 300 cadavres brulés seront comptabilisés après les combats. Ils vont rester sur place jusqu'en avril 1939, lorsque les habitants de Gerri sont enfin autorisés à aller les enterrer.
Un millier de combattants républicains sont tués ou bléssés dans cette opération inutile. L'armée franquiste compte 10 morts et 45 blessés.
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Position franquiste face à la sierra de Boumort à Espià. Les tranchées républicaines se trouvait vers le col de Passavent et le Cap del Solà de la Coma d'Orient au milieu de la photo au second plan |
Selon
une étude réalisée quelques années plus par un lieutenant de l'armée nationaliste,
José María Córdoba Garate, 2000 soldats tombèrent dans les rangs de l’armée
franquistes tandis que 6000 républicains moururent dans les combats du
printemps et de l’été 1938. Pour quel bilan ? 17 km² environ furent repris
aux franquistes. Les villages de d'Isona, Conques, Sant Romà d'Abella,
pratiquement détruits furent entièrement reconstruits après la guerre.
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Amandiers sur le mont de Conques. |
A la
fin du mois de Mai, l’armée de la république, épuisée, se met sur la défensive.
Les deux camps vont alors renforcer leur position. Des deux côtés de la ligne
de front, de nombreux bunkers vont être construits pour renforcer les positions
les plus vulnérables. Beaucoup d’entre eux sont encore visibles aujourd’hui
avec un état de conservation variable. Ils ont été construits rapidement pour
répondre à un besoin pressant, pas pour durer. D’une manière générale, les
fortifications franquistes étaient de bien meilleures qualités qui celles du
camp opposé. Les troupes franquistes étaient mieux dotés en unités du génie et
possédant les ressources financières et industrielles nécessaires à la
construction de fortifications de meilleures qualités. La proximité de la route
de Tremp permettait également de transporter facilement le matériel nécessaire
à leur construction. Ils n’hésitèrent pas non plus à obliger des civils à
porter le matériel. Au contraire, chez les républicains, le manque de ciment et
la distance entre le front et leur base arrière les obligèrent souvent à
utiliser comme coffrage de la roche, du bois ou des sacs de sables, avant de
les recouvrir de bétons d’où la forme ondulée.
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Position défensive sur le front de la Posa à proximité d'Isona |
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La même position défensive sur le front de la Posa mettant en évidence la forme caractéristique des fortifications républicaines |
La fin de la république
Le
25 Juillet 1938, la république déclenche la dernière grande bataille de la
guerre, la bataille de l’Ebre. Elle va durer jusqu’à la mi-Novembre. Malgré
quelques succès initiaux, c’est un échec dont la république et son armée ne se
relèvera pas tant les pertes humaines et matérielles ont été lourde.
Dans le Pallars Sobira, les deux armées préparent l'arrivée de l'hivers a partir du mois de septembre. Les franquistes construisent diverses casemates comme au sommet du Cuco. En octobre, l'armée républicaine évacue la zone la plus haute située au pied des monts Rouch. A partir du mois de novembre, les patrouilles vont se faire à ski, donnant lieu a quelques combats au hasard des rencontres.
Quelques
semaines après la fin de l'Ebre, le 23 Décembre 1938 l’armée Franquiste
déclenche l’ultime offensive contre la Catalogne. L’attaque est générale sur un
front allant de la serra de Montsec à Seros au sud de Lleida. Les corps
d’armées Navarre, de venu Urgel, Maestrazgo, Voluntario fortement soutenus par
des chars et de l’artillerie sont jetés dans la bataille soit une force de
340000 hommes soutenus par 300 chars 500 avions et 565 canons. Les républicains
ne peuvent opposer que 200000 hommes mal équipés, manquant de munitions et
soutenus par une quarantaine de chars et une centaine d’avions. Dès le premier
jour de la bataille, plusieurs brèches sont ouvertes sur la ligne de front du
Ségre, notamment vers Seros. Malgré l’arrivée du 5
eme corps d’armée du
général Lister en renfort, et la montée des eaux de l’Ebre qui empêche son
franchissement, le grand fleuve est franchi le 3 janvier par les troupes
marocaines de Yagüe.
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Cabane républicaine sur le flanc de la Roca Alta |
Dans
le Pallars, le général Agustin Munoz Grande, a pour mission d’amener les 40000
hommes bien équipés du corps d’armée Urgell vers la haute vallée du Sègre par
le coll de Comiols et prendre Vilanova de Méia. Deux divisions, les 61
eme
et 150
eme appuyés par 60 batteries d’artillerie, soit plus de 280
canons obusiers et mortiers lourds vont soutenir l’assaut. Par ailleurs, la Légion
Condor et l’Aviazione Legionaria, l’aviation Italienne sont maîtresses du ciel.
Plus au nord, la 63
eme et la 51
eme division restent l’arme
au pied face aux troupes républicaines.
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Position républicaine au pied de la Roca Alta. Elle fut surement bombardée par les Heinkel 111 de la Légion Condor le 23 décembre 1938 |
Aux premières heures du matin, l’artillerie franquiste se
déchaîne sur les positions républicaines de la sierra de Montsec et de la
sierra de Cucuc. L’aviation franquiste bombarde et mitraille sans relâche les
tranchées ennemies. L’assaut est donné dans la neige et le froid. Les températures sont glaciales depuis quelques jours. A 12 heures la Roca Alta est prise par les soldats de la 61
eme division. A
13 heures les franquistes occupent les heuteurs du passage du Desferrador, qui permet de surveiller la
route de Vilanova de Meià dans la comarca de la Noguera, malgré la résistance de
l’ancienne colonne Durruti qui résiste pas à pas et se retire sur le cap Pelat.
Les combats sont durs, les blessés affluent dans les hôpitaux de la Seu
d’Urgell. Plus tard, la résistance de cette unité permettra a des milliers de
partisans de la république de gagner Puigcerda et la Cerdagne Française.
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Au fond à gauche, la serra de la Campaneta. Au centre, la plaine occupée par les troupes franquistes de l'Hostal Roig. A droite, la serra del Cucuc. Le passage vers le défilé du Desferrador passe au pied de cette montagne |
En
début d’après-midi l’artillerie franquiste bombarde la sierra de Cucuc. Les soldats de la 150
eme division passent à l'attaque. Malgré la résistance désespérée des 120
eme et
121
eme brigades mixtes, les positions républicaines et la côte 1067 m, du Cinglo Alt du serat de la Casilla et la route de Sant Salvador au col des Comiols sont prise. La
pluie et la neige font leur apparition. La visibilité est nulle. Elle rend un
soutien aérien impossible. Les combats s'arrêtent. Dans la nuit, après diverses contre-attaques sanglantes et
infructueuses, les républicains finissent par reprendre la côte 1067 avant d'en être à nouveau définitivement chassés.
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Bunker républicain en sierra de Cucuc |
Le
lendemain les franquistes repartent à l’attaque pour conquérir la sierra de
Cucuc puis Benavent de la Conca et de col de Comiols. L'aviation franquiste continue ces bombardements sur les postions républicaine du serrat de la Casilla et del Cucuc. L’artillerie se déchaîne
sur les positons républicains, notamment les crêtes 1083 et 1055. Sans
artillerie républicaine pour s’opposer à l’artillerie franquiste, le combat est
inégal, désespéré. La sierra de Cucuc est occupée en fin de journée. Les
républicains reculent sur une ligne défensive au sud de l’ermitage de Bonrepos,
allant de la sierra de Casilla au cap Pelat. Ce recul permet à la 61
eme division de franchir le défilé du Desferador et d'avancer vers Vilanova de Meia. Le jour de Noel, après de durs combats, les soldats
nationaux délogent les 120
eme et 121
eme brigades mixtes
républicaines de leur position et occupent les positions du cap Pelat.
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Tranchée au cap Pelat. La dernière ligne défensive avant que le front ne craque totalement |
Presque anéanties,
ces deux unités seront retirées début janvier de la première ligne et ne
joueront plus aucun rôle. La 61
eme division franquiste quitte alors
le Pallars et commence sa descente vers le sud dans le comarca de la Noguera en
direction de
Vilanova de Meia.
Le 25 décembre,
Bonrepos est occupé ainsi vers le sud la côte située à 1085 m dans le serrat Gros,
sur la route de Comiols. Une contre-attaque des restes de la 26eme
division républicaine retarde l’avance franquiste. Le 26 décembre, la 150eme
division progresse vers le col de Comiols. Elle arrive à Casa Blanca par
le flanc sud de la montagne. Les 27 décembre les combats continuent et finalement les troupes
franquistes finissent par conquérir le cap de la Serra de Comiols et le col de
même nom malgré l'arrivée de la 176eme brigade mixte. La descente vers le val de Sègre va alors commencer.
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Serra des Comiols |
La
zone fortifiée d’Artesa de Segre tombe le 4 Janvier. Malgré quelques tentatives
de résistances la retraite se transforme en débâcle. Le 14 Janvier Tarragone
est occupée. Barcelone, évacuée, est
occupée le 26 janvier. Le 28 janvier, la Retirada commence. 15000
personnes passent la frontière. Ils seront plus de 400000 à le faire. C’est la fin de la république.
 |
Nom de Durruti et les initiales du CNT (confederación nacional de trabajadores), le syndicat anarchique sur le bunker de la Roca alta |
Dans
le haut du Pallars, les troupes républicaines sont remplacées par des unités de carabiniers début janvier puis commencent à quitter leur position à la
fin de mois de janvier.
Les franquistes en profitent pour avancer. Le 23 janvier 1938, La 26eme division républicaine qui occupe toujours la zone du roc de bénavent recule vers le sud du col de Nargo. la
63
eme division franquiste, prend la direction de Sant-Roma d’Abella et de
Basturs qu’elle occupe le lendemain. Plus au nord, les troupes avancent dans la
vallée de Careu et d’Hortoneda. Le 13
eme bataillon du régiment de
Saragosse venant du coll de Comiols occupe Isona le même jours. Malgré quelques
combats de retardement dans le froid et la neige, le 25 elles arrivent à
Boixols et à Taus entrant donc dans le comarca de l’Alt Urgell.
Le 10 Février
elles occupent Puigcerda. D’autres unités de la 63
eme division avancent
vers Baen, le pla de Calderes et l’ermitage Sant Sebastia puis passent ensuite
dans l’Alt Urgell.
La
rigueur de l’hiver rendant impossible les opérations militaires dans le nord du
Pallars Sobirà, autre que quelques reconnaissances à ski, ce n’est que début février que les quelques unités restant dans ce
secteur avancent et occupent Tirva et Ribera de Cardos, puis sans résistance,
les vallées entières de Cardos, Farrera, Areu et Coma de Burg quelques jours
plus tard. Penant de temps, les unités républicaines restantes, comme la bataillon Pyrénéen passent en France par le Val Ferera,
d'autres par le col de Colatx, au dessus de Tavascan, mettant fin aux opérations militaires dans cette région.
Conclusion
Les combats du mois de mai dans
le Pallars firent de nombreuses victimes dans les deux camps ne servirent
finalement pas à grand-chose sur le plan militaire, surtout si l’on compare les
gains militaires à l’usure humaine et matérielle des unités de l’armée républicaines.
Tout comme la grande bataille de l’Ebre ces combats ne servirent finalement
qu’à affaiblir de manière irréversible l’armée républicaine qui fut dès lors
incapable de s’opposer à la dernière grande offensive de la guerre.
Ces combats, notamment autour de Sant Corneli qui furent peut
être les combats les plus durs de toute la guerre d’Espagne et du moins ceux de
l’histoire des Pyrénées, 1000 à 1500 morts côtés républicains 700 du côté
franquiste, sont totalement ignorés dans le versant nord des Pyrénées.
A la fin de la guerre civile, des
unités du génie et des prisonniers républicains arpentèrent les champs de
bataille afin de récupérer le matériel qui était resté à l’abandon.
Parallèlement les ferrailleurs récupérèrent ou achetèrent également tout ce qui
pouvait l’être. Ils cherchèrent même à démanteler certains bunkers et certains
nids de mitrailleuses pour en extraire le fer qui servi ensuite à moderniser certaines
lignes de chemin de fer mais aussi à reconstruire certaines maisons détruites. Les villages détruits comme Isona, Tirva, Sant-Romà d'Abella, Llordà ou Orcau firent l’objet d’un vaste plan de reconstruction à partir de 1940 et qui dura jusqu'en 1957.
 |
Bunker républicain victime des ferailleurs |
Les combattants de la république qui
survécurent à ces combats allaient connaitre le calvaire de la Retirada et des
camps d’internement en France. A la déclaration de la guerre le 3 Septembre
1939, certains s’engagèrent dans la légion étrangère. Ils combattirent à Narvik
au sein de la 13eme demi-brigade de la légion étrangère puis après l’armistice
au sein des forces françaises libre, contribuant par exemple à stopper l’Africa-Korps
de Rommel à Bir hakeim.
Les combattants de la république qui
survécurent à ces combats allaient connaitre le calvaire de la Retirada et des
camps d’internement en France. A la déclaration de la guerre le 3 Septembre
1939, certains s’engagèrent dans la légion étrangère. Ils combattirent à Narvik
au sein de la 13eme demi-brigade de la légion étrangère puis après l’armistice
au sein des forces françaises libre, contribuant par exemple à stopper l’Africa-Korps
de Rommel à Bir hakeim.
Quelques autres, comme Rafael Gomez issu de la
classe biberon, se retrouvèrent en 1943 dans la célèbre deuxième division
blindée du général Leclerc. Un an plus tard, à bord de son half-track baptisé
« Guernica » il sera l’un des premiers à rentrer dans Paris puis dans
Strasbourg quelques mois plus tard.
Ordre de bataille franquiste début mai 1938
Le corps d’armée de
Navarre qui participa à la prise de l’Aragon et aux combats dans le Pallars fut
ensuite renommé corps d’armée d’Urgell avant la grande offensive finale de
décembre 1938. Il convient de noter l’organisation des divisions en groupement
tactiques avec de nombreux bataillons séparés de leur régiment d’origine pour
des raisons d’équilibres tactiques. J’ai tenté dans la mesure de mes connaissances sur l’armée
espagnole de franciser le nom de ces unités de la façon suivante :
- Bataillon de la légion pour « Bandera del Tercio »
- Milice carlistes pour « Tercio de Requetés »
J’ai laissé le nom de Tabor à ces unités indigènes de
l’armée espagnoles qui représentait environ un demi bataillon.
61eme division commandée par le colonel Antonio
García Navarro.
1er groupement commandé par le lieutenant-colonel
Quesada del Pino.
- Milice Carliste d’Oriamendi.
- 27eme bataillon de la phalange de
Navarre.
- 16eme bataillon de la légion.
- 5eme bataillon du 66eme
régiment d’infanterie “América”.
2eme groupement commandé par le lieutenant-colonel
Ruiz de la Cuesta.
- Milice Carliste de la “Virgen Blanca”.
- Groupe d’escadrons du régiment de cavalerie de
Numancia.
- 3eme bataillon du 22eme
régiment d’infanterie “San Marcial”.
- 14eme bataillon de la légion.
3eme groupement commandé par le lieutenant-colonel
Alvarez.
- 21eme bataillon du 29eme
régiment d’infanterie “Zamora”.
- 17eme bataillon de la légion
- 18eme bataillon de la légion.
- 1er bataillon de la légion
62eme division commandée par le général don
Antonio Sagardía Ramos
1er groupement commandé par le lieutenant-colonel Clemente
- 8eme bataillon du 22eme
régiment d’infanterie de San Marcial.
- 9eme bataillon du 22eme
régiment d’infanterie de San Marcial.
- 4eme bataillon de la phalange de de
Burgos.
- Bataillon «C» du 3eme régiment de
chasseurs de Melilla.
2eme groupement commandé par le lieutenant-colonel
Feliú Sintes.
- 5eme bataillon du 27eme régiment
d’infanterie de Bailén.
- Bataillon «B» du 6eme régiment de
chasseurs de Ceriñola.
- 23eme Bataillon du 30eme
régiment d’infanterie de Zaragoza.
- 8eme bataillon de la falange de
Burgos.
3eme groupement commandé par le colonel de la
Puente.
- 1er bataillon de la phalange de Burgos
- 5eme bataillon de la phalange de Burgos
- 6eme bataillon de la phalange de Burgos
- 7eme bataillon de la phalange de Burgos
63eme division commandée par le général Heli
Rolando de Tella y Cantos
1er groupement commandé par le lieutenant-colonel
Trelles Moreno Ureňa.
- 9eme bataillon du 29eme
régiment d’infanterie de Zamora.
- Bataillon «D» du 1er régiment de chasseurs de San
Fernando
- Bataillon «B» du 2eme régiment de
chasseurs de Las Navas
- 16eme bataillon du 30eme
régiment d’infanterie de Zaragoza.
2eme groupement commandé par le lieutenant-colonel
Troncoso
- 10eme bataillon du 66eme
régiment d’infanterie “América”.
- 4eme bataillon du 7eme
régiment de montagne d’Arapiles
- 14eme bataillon du 22eme
régiment d’infanterie de San Marcial.
- Milice carliste d’Ortiz de Zárate.
3eme groupement commandé par le lieutenant-colonel
Trelles
- 13eme bataillon du 30eme
régiment d’infanterie de Zaragoza.
- 10eme bataillon du 29eme
régiment d’infanterie de Zamora.
- 21eme bataillon de Mérida.
- Bataillon «D» du 6eme régiment de chasseurs de
Ceriñola.
150eme
division commandée par
le general Siro Alonso.
1er groupement commandé par le lieutenant-colonel
Manso Serrano.
- Bataillon «E» du 6eme régiment de
chasseurs de Ceriñola.
- 6eme bataillon de la falange de
Castilla.
- 9eme groupe des forces régulières
indigènes de Tetuán
- 9eme groupe des forces régulières
indigènes de Larache
2eme groupement commandé par le lieutenant-colonel
Rey Arias.
- 25eme bataillon du 2eme
régiment de chasseurs de Melilla
- 10eme Tabor de Regulares de Melilla
- 13eme bataillon de la légion.
- 25eme bataillon du 3eme
régiment de chasseurs de Melilla
3eme groupement commandé par le lieutenant-colonel
Lumbaba
- 25eme bataillon de chasseurs de Melilla”
- 56eme bataillon de chasseurs de la Navas”
- 10eme groupe des forces régulières
indigènes de Alhucemas”
- 15eme bataillon de la légion.
 |
Conserves datant de la guerre civile |
Ordre de bataille de l'armée républicaine en mai 1938
Selon l’organisation d’octobre 1936, chaque division était
composée de 3 brigades mixtes comptant environ 4000 combattants. Ces unités, aux
effectifs rarement complets souffriront toujours d’un manque de motorisation et
d’une puissance de feu insuffisante.
- Xeme corps d’Armée commandé par le Colonel Jover
- 24eme division -
Brigades mixtes 133, 19 et 134
- 31eme division -
Brigades mixtes 62, 104 et 131
- 34eme division -
Brigades mixtes 94, 68 et 84
- XIeme corps d’Armée commandé par le Colonel Galan
- 30eme division -
Brigades mixtes 132, 143 et 144
- 32eme division -
Brigades mixtes 137, 141 et 140
- 26eme division - Brigades
mixtes 119, 120 et 121
 |
Reste de fil de fer barbelé |
Bibliographie
- "Revolucíon, guerra i repressio al Pallars 1936-1939" - Manuel Gimeno
- 25 Excursions del Front Del Pallars, Joan Ramon Segura, Colleccío Azimut 87
- La serra del Boumort i muntanyes veines. Guïa excusionista. Munuel Cortes Ribelles, Colleció Azimut 70
- "Les batalles del Segre i la Noguera Pallaresa, l'atac final contre catalunya (abril-dec 1938)". Lleida, ed. pagès, Galito, Pol, Gimeno, Manuel, Rita, Rodrigo, Tarragon
- La conquesta de Catalunya: Diari d'operacions de l'exèrcit del nord (Decembre de 1938 - Febrer 1939) Carles Lopez Rovira. Facultat de Lletres. Universitat Autonoma de Barcelona, 2010
- "Indrets d'una guerra" - Manuel Gimen
 |
Moment commémoratif de la bataille de Baladredo |
Felicidades por el blog y por la informacion que aportas. Gracias por difundir nuestra tràgica Guerra Civil.
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