dimanche 4 juin 2017

Bornes frontière des pyrénées

Le tracé de la frontière franco-espagnole remonte à la signature du traité des Pyrénées entre les royaumes d'Espagne et de France, en 1659. De 1784 à 1792 la commission Caro - d'Ornano dite "des limites" fut chargée de clarifier le tracé afin d'd'éviter les contestations. 
Le traité des Pyrénées, signé à Bayonne le 2 Décembre 1856 et trois autres conventions additives achevèrent le travail après deux siècles de négociations, de cartographies et de tractations pour arriver à un tracé qui ne fut plus trop contesté.
Le traité précisait que la frontière suivait la ligne de partage des eaux entre les deux pays, avec quelques exceptions, dans le val d’Aran et pour l’enclave de Llivia notamment. Elle devait être matérialisée par des bornes de pierre ou des croix gravées dans la roche et numérotées d’est en ouest.
La convention additive du 28 décembre 1858 au traité du 2 décembre 1856 fixe la frontière depuis l’embouchure de la Bidassoa jusqu’au point où confinent le département des Basses-Pyrénées (nommé ainsi à l’époque), l’Aragon et la Navarre, c’est à dire à la table des Trois Rois.
Le traité précise que la borne n° 1 se situe sur les bords de la Bidassoa, entre la commune de Bera-Vero de Bidasoa en Espagne et la commune de Biriatou en France :
“Est placée sur un rocher, nommé Chapitelaco-arria, à 300 mètres en aval du pont d'Enderlaza et sur la rive droite de la Bidassoa, à l'endroit où finit la pente du chaînon qui prolonge le massif de montagnes qui sépare le bassin de cette rivière de celui de la Nivelle.”
La dernière croix du secteur, portant le numéro 272 se situe au col d’Insolo :
“Au pied du versant méridional de Sierralonga de Anie et sur la ligne de partage des eaux des Pyrénées se trouve le col d'Insolo, ou de Lescun où il y a une roche verticale près du chemin, sur laquelle on a gravé une croix à 560 mètres du dernier signal.”
Il est également spécifié dans le traité qu’entre la rade du figuier et la première borne, le milieu du cours de la Bidassoa sert de frontière ; et que l’île aux faisans continue à appartenir aux deux nations.

Le traité du 14 avril 1862 délimite la frontière allant de la table des Trois Rois jusqu’au port de Bouet dans la haute vallée de l’Ariège par 154 bornes ou croix. La croix frontière 273 est située au col de Pétragène à 2082 m d’altitude :
“A partir de la Table-des-Trois-Rois, la frontière internationale suit la ligne de partage des eaux de la chaîne principale des Pyrénées et arrive au Port d'Anso, ou Col de Pétregème, où l'on a placé le premier repère du présent abornement, lequel consiste en une croix et le numéro 273 gravés sur un rocher de calcaire blanc, à 20 mètres à l'Est du sentier qui conduit de Lescun à Anso.”
Croix frontière 273 au col de Pétragène
 La croix frontière 426 est située au milieu du port de Bouet à 2509 m.
“Au port de Bouet, croix sur la face inclinée d'une roche à 8 mètres du sentier.” 
Croix frontière 426 au port de Bouet

La frontière devient alors commune avec l'Andorre jusqu'en Cerdagne.

Le traité du 26 mai 1966 qui fut finalisé le 11 juillet 1986 délimite la frontière allant de la portella Blanca d’Andorra à la mer Méditerranée par 176 bornes ou croix. La borne 427 est située à la portella Blanca à 2517 m:
“Du pic den Balire, situé sur la crête des Pyrénées, entre la France et l'Andorre, se détache, vers le sud, un contrefort où se trouve un passage bien connu sous le nom de Coll den Gaït ou Porteille Blanche d'Andorre. On a placé une borne avec le numéro 427 sur le côté nord du passage, point où confinent l'Espagne, la France et l'Andorre.”
Borne frontière 427 à la porteille Blanche d'Andorre
Tandis que la croix 602 est située d’après le traité “en dedans de la Cova-Foradada”, c’est à dire dans une grotte située au niveau de la mer et difficile d’accès :
“Croix gravée en dedans de la Cova-Foradada, sur la paroi verticale du côté de terre, à un mètre et demi au-dessus du sol. C'est à cette grotte que se termine, à l'orient, la ligne frontière entre l'Espagne et la France.”
Face à la difficulté d’accès de cette borne, une indication 601 bis a été placée au dessus du cap Cerbère.
Référence 601 bis au dessus du cap cerbère. Le phare du cap est visible au second plan de la photo
Le traité du 26 mai 1966 délimite également le tracé de la frontière entre la France et l’enclave de Llivia par la description de l’emplacement de 46 bornes numérotées de LL1 à LL45. (Se référer à mon article sur Llivia et à la galerie de photos des bornes de Llivia)
Borne frontière LL21 située autour de l'enclave de llivia
Au final, plus de 602 bornes et croix délimitent la frontière de manières irrégulières et non homogènes. Toutes ne sont pas numérotés, d’autres ont été doublées en utilisant des numéros bis ou multipliées pour lever certaines ambiguïtés. Certaines ont disparues, d’autres ont été reconstruites au pied des plus anciennes.
Borne frontière 15 et l'ancienne borne couchée au lieu-dit "Erenzazouco gaina"


Si les indications de frontière sont peu nombreuses en altitudes (17 bornes sur 140 km entre le pont du Roi et la portella Blanca d’Andorra), on en trouve beaucoup plus en basse montagne, dans les zones habitées ou sur chaque grands passages routiers ou pédestres, évalués à une centaine dans les Pyrénées.
Borne frontière 2

Le premier col routier est celui d’Ibardin au pays Basque. La borne frontière numéro 13 se trouve au milieu du rond-point. Passé le pic du la Rhune qui n’a qu’une vieille borne sans numéro, le point de passage suivant, le col de Lizuniaga sur la D 406, qui relie Sare à Bera, n’a pas de borne. La frontière se trouve en effet environ 500 m plus bas, juste au milieu de la table des faceries comme en témoigne la borne frontière 36 au milieu de la table. Sur cette table étaient signés des accords entre bergers pour gérer en communs des pâturages, des sources ou d’autres sources potentielles de conflits.
Borne frontière 36 et table des faceries
 Sur le grande zone dégagée du col de Lizarrieta (D 306), on trouve la borne frontière 44 et sur le sol 3 plots en ciment portant les inscriptions E et F et séparés par une rainure indiquant la ligne frontière.
Plaque intermédiaire du col de Lizarrieta
Jusqu’à la borne frontière 57, située sous le pic d’Atxuria (756 m), on trouve quelques anciennes bornes marquées S (Sare) sur le côté Français et B (Baztan) sur le côté Espagnol.
Une des 4 bornes frontière sans numéro et portant l'inscription S (Sare) et B (Baztan) entre le col des 3 Bornes (BF 56) et la BF 57
Au sommet du pic Atxuria, on trouve difficilement quelques discrètes croix peu marquées et difficiles à trouver.
Une des 3 ou 4 croix frontière sans numéro au pic d'Atxuria
Diverses petites routes de transit local permettent de passer d’un côté à l’autre de la frontière avec à chaque passage de frontière une borne bien visible, souvent à côté d’une venta.Le grand passage routier suivant est situé sur la D4 à Dancharia, point de passage également connu pour ces ventas. La borne frontière 72 est située à côté d’un bar. Sur le pont traversant la Nivelle, il y a une plaque avec des lettres E et F.
Borne frontière 72 à Dancharia
Le col d’Ispéguy permet de relier St-Etienne de Baigorry à Elizondo par la D 949. La borne frontière 91 est située à côté du parking. Les montagnes qui entourent la vallée des Aldudes sont parsemées de bornes puisque en certains endroits on en trouve presque tout les 300 m. 
Borne 152 au col de Bourdingourouchéco-lépoa
La D 933 relie St-Jean Pied de port au col de Roncevaux. La frontière se situe sur le pont international dans le village d’Arneguy. Il n’y a pas de bornes sur le pont puisque la route est postérieure à la convention. C’est le rio Luzaide qui sert de frontière. La borne la plus proche se situe à Pertolé, au niveau des ventas et à quelques mètres de la rivière. Cette borne a été enfouie lors de la construction du parking, déterrée puis à priori refaite avant 2016.
Borne frontière 196, visible en 2016
Nous entrons ensuite dans une zone de haute montagne ou les sommets dépassent maintenant les 1500 m. Les points de passages routiers deviennent alors peu nombreux. La frontière au port de Larrau est indiquée par les bornes 237 et 237 bis.
Borne frontière 237 au port de Larrau
La borne frontière 255 indiquée au port d'Ourdayte sur les cartes IGN et le traité du décembre 1856 a disparue il y a quelques années sans avoir été remplacée.
Borne frontière 255 au port d'Ourdayte
La borne 262 située au col de la Pierre Saint-Martin, sur la D 132 est une des plus importantes des Pyrénées. Selon la tradition, elle symbolise la fin des anciens conflits entre éleveurs des vallées de Navarre et du Béarn liés à l’attribution des zones de pacage et, l’établissement d’un traité appelé “junte de Roncal”. A ce titre, chaque 13 Juillet, depuis l’année 1375, elle fait l’objet d’une rencontre entre les deux communautés.
Borne frontière 262 au col de la Pierre Saint-Martin
Peu avant cette borne on trouve quelques bornes intermédiaires portant les lettres E et F et sans numéros.
Borne intermédiaire située sous le col de la Pierre Saint-Martin
A l’approche des hauts sommets de la frontière, les passages se raréfient ainsi que les bornes. La frontière au col du Somport est signalée par la croix 305 et la grande borne 305 bis.
Borne frontière 305 bis au col du Somport
La borne frontière 310 est située à quelques dizaines de mètres du passage routier de la départementale 934 du col du Pourtalet. Au col il y a seulement une stèle indiquant la frontière. Bien plus à l’est de la chaîne, le port de Boucharo a toujours été un point de passage important. Le projet de route, planifié par Napoléon en 1811 et achevé côté Français en 1969 n’a heureusement jamais vu le jour côté Espagnol. La route a fini par être déclassée entre le col de Boucharo et le col de Tente.
Rocher portant le numéro 319 au col de Boucharo

Le col de Venasque est le col le plus connu des montagnes de Luchon. Utilisé de tout temps comme lieu de passage de commerçants ou de contrebandiers, emprunté par les armées Napoléoniennes lors du conflit avec l’Espagne en 1808-1812 puis les guérilleros anti Franquiste lors de la désastreuse invasion du val d’Aran en 1944, il est devenu à partir du 19eme siècle un lieu de promenade, ne serait-ce que pour admirer le massif de la Maladetta.
Croix frontière 331 au port de Venasque

A partir du pas de l’Escalette (BF332), les montagnes s’arrondissent et la fréquence des bornes augmente. De ce col, on trouve 73 bornes jusqu’au pic de la Hage, 19 km plus au nord. On trouve même des arbres frontière. 
Un des arbres frontière des montagnes de Luchon
Au milieu de ces montagnes, le col du Portillon reliant Luchon à Bossost grâce à la D 618a est bien connu des passionnés du tour de France cycliste. Au milieu de la route, une stèle indique la frontière tandis que côté nord de la route, on trouve la croix 366. 
Stèle au croix frontière 366 (a gauche de la photo) au col du Portillon

 Au point du Roi, grand point de passage entre la Haute-Garonne et le Val d’Aran, on trouve 7 petites bornes intermédiaires numérotés. Elles indiquent la distance de la frontière marquée par la borne 410 juste à côté du pont.
Petite borne intermédiaire indiquant la frontière à 31.82 m
L’Ariège compte peu de bornes frontières et aucune routes reliant les deux pays. Quelques cols furent particulièrement importants comme le port de Salau en Ariège ou le trafic était tel qu’une douane avait été installé au 19eme siècle. A côté de la borne 422 on trouve une borne 422 bis rajoutée un peu à l’est du sentier.
Borne 422 II au col de Salau
Passé l’Andorre, les montagnes de Cerdagne offrent une grosse concentration de bornes dans les zones habitées, principalement autour des villages frontière de Bourg-Madame et Puidcerda. Certaines se trouvent dans même des propriétés privées. On trouve une petite borne portant le numéro 480 sur chaque côté du pont du Rahur. De part et d’autre de ce point, le long du rio Rahur qui sert de frontière jusqu’à sa rencontre avec le rio Sègre, les bornes sont doublées sur les deux rives. Côté français, lorsque la route a été refaire, deux bornes ont été remplacées par une plaque au sol.
Plaque servant de borne frontière 482 à Bourg-Madame
Sur les hauteurs de Puigcerda, juste après la borne 501 située au col de Marcé, il y a une série complémentaire numérotée de 501-I à 501-VI le long de l’ancien chemin appelé cami Reial, qui va de Puigcerda à Ripoll.
Borne 501-I sur le camini Reial de Puigcerda
On rentre à nouveau dans une zone de haute montagne et des sommets qui culminent à plus de 2800 m. Entre la cime de Coma Morera (BF 504) et le pic de Costabonne on ne compte qu’une dizaine de bornes ou croix frontières dont certaines ont disparues ; par exemple la croix 508 au col de Nuria.
croix frontière 509 au col des Neufs Croix
Le col d’Ares, qui relie Prats-de-Mollo à Mollo par la D115 fut un passage de la Retirada. La borne frontière 519 est placée à quelques mètres du col, sur le sentier partant vers le sud-est. 
Borne frontière 519 au col d'Ares
Les montagnes s’affaissent peu à peu. La pelouse fait place à une zone de forêt ou la végétation de type méditerranéenne est difficile à pénétrer. Les bornes sont parmi les difficiles à trouver du massif Pyrénéen, particulièrement dans la zone de St-Laurent de Cerdans. Il n’y a pas de borne frontière sur la route Départementale 3 reliant Coustouges à Maçanet de Cabrenys, car celle-ci date des années 1970. On trouve seulement une stèle au niveau de la frontière. 
 
Stèle indiquant la frontière sur la route de Coustouges à Maçanet de Cabrenys
Très isolé au-dessus du village de las Illas, le col de Manrell, est peu utilisé mais c’est un lieu historique. Il fut un passage de la Retirada. Outre des centaines de combattants, le président de la République espagnole Manuel Azaña, le président du Pays Basque J.A. Aguirre, le président de Catalogne Lluis Companys et la vice présidente Rosy Godet prirent cette route pour passer en France le 5 février 1939. Outre la stèle hommage à Lluis Companys datant de 1981, on y trouve difficilement la borne 559 bien cachée dans la végétation.

Croix frontière 559 au coll de Manrella
Le passage frontière du col du Perthus est signalé par deux piliers datant de 1764 et numérotés 574 et 575 avec les armes d'Espagne et de France restituées et au bord occidental de la route. 
 
borne frontière 575 au Perthus

Ils sont reliés entre eux par une ligne blanche au sol et une plaque en fer au milieu de la route faisant office de borne 574 bis. De part et d’autres du col, on trouve de grandes pyramides en guises de bornes.
Borne 571 sous le fort Bellegarde face à la Jonquère
La frontière traverse alors le massif des Albères, passe par le puig Neulos (1256 m) avant de descendre vers la mer. Situé à une dizaine de km au dessus de Banyuls, le petit col de Banyuls (361 m) a une borne numéroté 591. 
Borne Frontière 591 au col de Banyuls
La borne frontière 600 est située au col des Belitres. C’est le dernier passage routier (N 114) avant que la frontière plonge dans la méditerranée et que ce voyage à travers les bornes s’achève.
Croix frontière 600 au col des Belitres

Parcourir les Pyrénées à la recherche de ces bornes permet donc de découvrir le massif d’une façon originale et ludique. D’autres photos de bornes sont disponibles dans ma galerie photo : https://goo.gl/photos/AuZWZ6eKSRUKV3oR8
Enfin il convient de citer le magnifique travail de Robert sur les bornes frontières du pays Basque à l’Ariège à cette adresse : http://robertauxbornesdespyrenees.kazeo.com/


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire